⚠️ Note importante : Cet article est rédigé à titre d'information, à partir de mon expérience personnelle. Je ne suis pas mandatée par l'Ordre des Psychologues du Québec (OPQ) pour en parler, et mon équivalence date de 2020-2021. Les chiffres relatifs aux coûts de l'OPQ ont été mis à jour en 2026 à partir de ma propre facture d'adhésion. Pour le reste, les modalités ont pu évoluer - je vous invite à vérifier les informations directement auprès de l'OPQ avant d'entamer vos démarches.
Vous êtes psychologue en France et vous envisagez de venir exercer au Québec ? Vous vous posez mille questions sur les démarches, les délais, les coûts, la vie là-bas ? Vous êtes au bon endroit.
Dans cet article, je vous explique tout ce que j'aurais aimé savoir avant de me lancer : les étapes de l'équivalence de diplôme, les exigences concrètes de l'internat, et les réponses aux questions qui m'ont été posées le plus souvent.
Pourquoi une équivalence de diplôme ?
Au Québec, pour exercer sous le titre de psychologue, il est obligatoire d'avoir un doctorat - ou son équivalence reconnue par l'Ordre des Psychologues du Québec (OPQ). En France, le master (ou le DESS/DEA) est le diplôme de référence pour exercer. Il y a donc un écart entre les deux systèmes, et c'est précisément l'objet de la demande d'équivalence : montrer que votre parcours, bien que différent dans sa forme, est suffisamment solide pour vous permettre d'exercer au Québec.
C'est une chance réelle. Le doctorat québécois est très contingenté - peu d'étudiants y accèdent - alors que le manque de psychologues, notamment dans le secteur public, se fait de plus en plus sentir d'année en année.
Les grandes étapes du parcours d'équivalence
Étape 1: Faire sa demande auprès de l'OPQ et constituer son dossier
L'OPQ vous demande un dossier précis qui leur permettra d'évaluer la qualité de votre parcours. C'est sur la base de cette étude que l'Ordre déterminera les exigences complémentaires : nombre d'heures d'internat à effectuer, crédits de cours à obtenir.
Bonne nouvelle : vous n'avez pas besoin d'être sur le territoire québécois pour faire cette demande ! Elle peut tout à fait se faire depuis la France.
Les documents que j'ai dû fournir à l'époque :
- Cursus universitaire : résumés de tous les cours suivis de la licence 1 au master 2, avec le nombre de crédits et d'heures par semestre. Les livrets de présentation fournis par votre université font office de justificatifs.
- Tous vos diplômes, de la licence au master 2.
- Les relevés de notes de chaque semestre.
- Vos mémoires de recherche : pas besoin d'envoyer l'intégralité - la page de garde, le résumé, la table des matières et la bibliographie suffisent.
- Une description de tous vos stages : lieu, problématiques, missions, modalités de supervision, mode d'évaluation.
- Si vous avez travaillé depuis l'obtention de votre diplôme : une description de vos expériences professionnelles dans le même format.
💡 À noter : il y a des frais à payer lors de l'envoi du dossier. Comptez également les frais d'adhésion à l'Ordre une fois le parcours complété (voir plus bas).
Étape 2: Recevoir la décision de l'OPQ
Une fois votre dossier étudié, l'OPQ vous envoie sa décision. Elle détaille les exigences à remplir pour obtenir votre équivalence. Dans mon cas, cela se divisait ainsi :
Formation théorique
- Éthique et déontologie, cadre législatif et réglementaire au Québec (3 crédits)
- Méthodes de recherche ou analyse de données (cours avancés - 3 crédits)
- Activité de recherche supervisée (6 crédits). Ce cours-ci, j’ai réussi à le faire supprimer !
Sur la demande de réévaluation : j'avais estimé avoir réalisé suffisamment de travaux de recherche dans mon parcours et j'ai fait une demande de réévaluation pour supprimer les 6 crédits d'activité de recherche. L'OPQ a accepté - mais ce n'est pas automatique. Un collègue ayant fait la même demande s'est vu refuser. La différence ? Il avait obtenu son diplôme depuis plus de 5 ans et avait fait moins de recherche. L'OPQ évalue vraiment chaque dossier ; ils m'ont demandé mes mémoires en intégralité avant de trancher.
Formation pratique : un internat de 1600 heures
L'internat est la colonne vertébrale du parcours d'équivalence. Il comprend plusieurs types d'heures aux exigences bien précises :
▪️Contact avec la clientèle
- Minimum 600 heures de contact total avec des clients
- Dont minimum 400 heures de contact direct (intervention et évaluation)
- Le reste peut être en contact indirect (observation du travail de votre superviseur)
⚠️ Le contact indirect peut être compliqué à obtenir si votre superviseur ne fait que des suivis. Dans mon cas, c'était principalement de l'observation d'évaluations, de guidance parentale et de suivis avec de jeunes enfants. Prenez-le en compte lorsque vous cherchez votre lieu d'internat.
▪️Supervision
- Minimum 200 heures de supervision au total
- Dont minimum 100 heures de supervision individuelle (en tête-à-tête avec votre superviseur)
- Le reste peut être en supervision de groupe (vous êtes supervisé au sein d'un groupe de collègues, ou vous assistez aux supervisions des autres)
💡 La supervision est beaucoup plus structurée et formalisée au Québec qu'en France — elle est même une exigence légale. C'est un vrai atout pour votre développement professionnel.
▪️Compétences spécifiques
- Minimum 210 heures sur la compétence évaluation et diagnostic : développer une compréhension clinique des problématiques et établir un plan d'intervention. Cela inclut l'utilisation des classifications diagnostiques (DSM, CIM) lorsque c'est pertinent.
- Minimum 50 heures sur la compétence consultation : au Québec, « consultation » ne désigne pas la séance avec un client ! C'est votre capacité à être consulté par un collègue pour votre expertise - lui donner votre avis sur un de ses suivis sans avoir d'influence directe sur son client.
- Minimum 50 heures sur la compétence supervision : être soi-même un superviseur. Concrètement, cela peut prendre la forme d'une observation de votre superviseure supervisant d'autres internes, d'encadrement de nouveaux internes, ou d'un groupe d'internes qui organise un échange hebdomadaire sur leurs cas.
D'autres compétences sont attendues (déontologie, intervention, recherche) mais elles ne sont généralement pas quantifiées en heures.
Étape 3: Trouver un lieu d'internat et choisir vos cours universitaires
Une fois la décision de l'OPQ reçue, c'est à vous d'organiser la suite.
Pour les cours universitaires : vous choisissez votre université et vos cours, dans n'importe quelle université québécoise. Avant de vous inscrire, vous soumettez votre choix à l'OPQ pour validation. Attention : votre statut sera celui d'étudiant libre, ce qui signifie que vous n'êtes pas prioritaire à l'admission. Prenez contact tôt avec les professeurs - c'est souvent eux qui décident des admissions en fonction des places disponibles. J'ai personnellement perdu un semestre à cause de cela.
Pour le lieu d'internat : je recommande vivement les cliniques privées. Elles sont habituées à recevoir des candidats à l'équivalence et disposent généralement de superviseurs sur place. Oubliez le CHUM, ils ne prennent que des doctorants (c’était le cas en 2020 en tous cas !). Les CLSC peuvent parfois offrir des places, mais c'est plus rare.
En clinique privée, le fonctionnement est en général le suivant : la clinique prend une part sur vos consultations, mais en échange elle vous offre la supervision, l'accès à la base de données clients et la visibilité sur son site. Vous avez votre propre gestion d'agenda et le choix du nombre de clients.
⚠️ Important : pendant votre internat, vous devez vous présenter comme candidat·e à l'équivalence de diplôme, et non comme psychologue. Vos honoraires seront en général plus faibles qu'un psy diplômé.
Durée : vous avez deux ans pour réaliser l'internat. Il est tout à fait possible de faire la formation pratique et théorique en parallèle - c'est ce que j'ai fait, en terminant en un peu plus d'un an. C'était intense, mais c'était mon choix. Certains préfèrent finir le théorique avant de commencer l'internat ; dans ce cas, votre statut passe d'interne à « résident en psychologie » en cours de route.
Rapports à remettre : au cours de l'internat, vous devez fournir trois courts rapports à l'OPQ: un projet initial, un rapport de mi-parcours, et un rapport final.
Étape 4: Obtenir votre permis et commencer à exercer
À la fin du parcours, vous recevez un numéro de permis de l'OPQ. Ce permis vous autorise à exercer sous le titre de psychologue au Québec.
Quelques points importants à savoir :
- Votre titre sera M.Psy (maîtrise en psychologie), et non Psy.D. Vous n'avez pas le titre de Docteur et ne devez pas laisser entendre que vous l'êtes.
- En pratique, cela ne change presque rien : vous êtes reconnu·e comme psychologue à part entière. Je n'ai jamais reçu une seule remarque de clients ou d'employeurs à ce sujet. Ce qui compte pour eux, c'est votre numéro de membre de l'Ordre.
- Avec ce permis, vous pouvez exercer partout : en cabinet privé, en clinique, au public, dans les écoles, en milieu communautaire…
Coûts annuels liés à l'OPQ (chiffres réels 2025-2026) :
Inscription annuelle membre régulier: 786,85 $
Contribution à l'Office des professions (obligatoire): 37,60 $
Assurance de responsabilité professionnelle (obligatoire): ~130,00 $
Service de référence – Premier bureau (optionnel): 95,00 $
Service de référence – Page personnelle (optionnel): 50,00 $
Sous-total (hors assurance): 969,45 $
TPS + TVQ: 139,54 $
Total avec taxes et assurance (options incluses): ~1 240 $
À cela s'ajoute une formation continue obligatoire de 90 heures sur 5 ans, qui englobe un large spectre d'activités : formations accréditées, supervisions reçues ou observées, cours, lectures, conférences, groupes de codéveloppement, formations que vous donnez, etc.
Foire aux questions
Faut-il être au Québec pour faire sa demande d'équivalence ?
Non. La demande peut tout à fait se faire depuis la France. Vous pouvez même commencer à contacter des cliniques pour votre internat à distance - mais sachez que les cliniques vous demanderont la décision de l'OPQ pour évaluer si elles peuvent répondre à vos exigences. Mieux vaut donc avoir la décision en main avant de prospecter.
L'expérience professionnelle en France réduit-elle les heures d'internat ?
Pas vraiment, et c'est l'une des grandes surprises ! Une expérience professionnelle de quelques années ne semble pas changer significativement la décision de l'OPQ. Même une psy ayant travaillé 10 ans en France avant de venir avait encore un nombre d'heures conséquent à remplir. Cela dit, des cas exceptionnels existent : j'ai entendu parler d'une collègue avec 15 ans d'expérience qui n'avait que de la supervision à faire, mais c'est rare.
Est-ce qu'un refus total de l'OPQ est possible ?
Je n'ai jamais vu ce cas. À partir du moment où vous avez un diplôme de psychologue reconnu en France, l'OPQ étudie votre dossier et propose toujours des exigences complémentaires plutôt qu'un refus catégorique.
Quel permis d'immigration faut-il avoir ?
⚠️ Note importante : la situation de l'immigration au Canada évolue rapidement. Les règles concernant le PVT (Permis Vacances-Travail) franco-canadien, les quotas, les délais et les conditions d'accès changent régulièrement. Je vous recommande vivement de consulter les sources officielles (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada: IRCC) et des forums spécialisés à jour avant de vous lancer. Ce que j'écris ici reflète ce que j'ai connu à mon arrivée en 2020, et les choses ont beaucoup évolué depuis.
Sur le principe, vous pouvez entamer votre internat avec différents types de permis (PVT, permis de travail ouvert, permis jeune professionnel, permis de travail fermé, etc.). Pour les cours universitaires :
- Moins de 6 mois d'études → pas de permis d'étude nécessaire ; un permis de travail suffit.
- Plus de 6 mois d'études → permis d'étude requis (cumulable avec un permis de travail).
Le feu vert de l'OPQ et les démarches d'immigration sont deux processus parallèles et indépendants. Vous pouvez commencer l'un pendant que l'autre avance. Mais encore une fois : vérifiez les conditions actuelles directement auprès d'IRCC ou d'un conseiller en immigration, car ce domaine change très vite.
Peut-on exercer en téléconsultation depuis la France ?
Non. Pour exercer légalement, y compris en visioconférence avec des clients québécois, vous devez avoir un numéro de permis de l'OPQ. C'est non négociable.
Peut-on travailler sans équivalence au Québec ?
Sans équivalence, vous ne pouvez pas porter le titre de psychologue ni émettre des reçus reconnus par les assurances. Des postes d'intervenant·e existent dans le secteur public et communautaire, mais ce sont des fonctions de soutien plutôt que cliniques et votre titre et expertise ne seront pas pleinement reconnus.
Peut-on exercer en milieu scolaire après une équivalence ?
Oui, tout à fait. Le milieu scolaire recrute même énormément, car il y a une pénurie importante dans les écoles. À savoir : ce contexte implique beaucoup d'évaluations psychométriques, il faut se sentir à l'aise avec les tests. Les conditions de travail y sont bonnes : vacances, assurances, primes, pas de concours à passer, juste des entretiens.
Et le titre de psychothérapeute, est-ce une alternative ?
Il me semble qu'au Québec, pour porter le titre de psychothérapeute, il faut être membre d'un autre ordre professionnel (infirmier·ère, travailleur·euse social·e, sexologue…). Cela vaut la peine de vérifier directement auprès de l'OPQ pour être certain·e.
Quels sont les salaires au Québec ?
C'est très variable selon le contexte d'exercice :
- Milieu scolaire : entre 50 000 $ et 96 000 $ brut par an
- Salaire moyen québécois : environ 65 000–66 000 $ brut par an (données Statistique Canada, 2025)
- Pratique privée : très variable selon le volume de clients, les honoraires pratiqués et la part prise par la clinique
Le coût de la vie est assez élevé - comparable à Paris, surtout si vous n'avez pas d'assurance maladie complémentaire.
L'adhésion à l'OPQ est-elle vraiment obligatoire à vie ?
Oui, tant que vous exercez. Il existe des aménagements en cas de congé maternité ou de retraite progressive, mais la règle de base est claire : pas de numéro de permis = pas d'exercice légal.
Mon parcours, en bref
Pour vous donner une idée concrète de ce à quoi tout cela peut ressembler dans le temps :
Septembre 2017: Diplômée en France
Décembre 2018: Envoi du dossier à l'OPQ + réception de la décision
Février 2020: Arrivée au Québec
Mai 2020: Cours de déontologie à l'OPQ
Juin 2020: Début de l'internat en clinique privée
Janvier 2021: Cours de méthodes de recherche (une session)
Août 2021: Fin de l'internat
Septembre 2021: Réception du numéro de permis
J'ai fait la formation pratique et théorique en parallèle, ce qui m'a permis de finir en un peu plus d'un an. C'était intense - j'ai aussi travaillé à côté comme réceptionniste puis répartitrice en clinique pour subvenir à mes besoins pendant l'internat - mais c'était un choix assumé.
Pour aller plus loin
Ce parcours peut sembler long et exigeant. Il l'est. Mais c'est aussi une opportunité rare : accéder à une profession très réglementée, dans un pays qui manque de psychologues, avec un diplôme français - et sans avoir à recommencer un doctorat de zéro.
Des milliers de psychologues français ont fait ce chemin. Dans la clinique où j'étais, nous étions pratiquement tous des internes français en processus d'équivalence. Vous ne serez pas seul·e.
Des questions ? N'hésitez pas à me contacter. Je réponds avec plaisir, dans la limite de ce que mon expérience me permet de partager.

